Article paru dans Le Denier n° 32 de juillet 2002
Circulation monétaire en Ubaye

Voici en avant-première une partie de l’introduction du rapport concernant mon travail de 2002 que je viens de rendre aux archéologues.

ETUDE DE LA CIRCULATION MONETAIRE ANTIQUE ( IIIe S. AV. J.C. / IVe S. AP. J.C.) DANS L’UBAYE A PARTIR DES PIECES CONNUES ET DECOUVERTES DANS LES TRENTE DERNIERES ANNEES.

Par Gilles PERDREAU


Après l’étude en 2001 de la collection du Dr Ollivier (1889) qui décrivait 134 monnaies antiques trouvées dans la vallée de l’Ubaye, c’est 366 monnaies que j’ai eu le privilège de recenser et d’identifier, toutes provenant de la même vallée et découvertes au cours des trente dernières années.

Je remercie de tout cœur celles et ceux qui n’ont pas hésité à me confier leurs trouvailles monétaires. J’avais au préalable fixé une règle de conduite claire et largement diffusée de n’accepter que les monnaies dont la crédibilité du découvreur ne pouvait en aucun cas être mise en doute. J’ai par ailleurs volontiers respecté l’anonymat que quelque uns m’ont demandé, me portant garant de leur honnêteté.
Je remercie tout particulièrement mon ami Jean Venturini qui a découvert et m’a confié plus de cinq cent pièces provenant de la basse vallée de l’Ubaye.

Je n’émets qu’un seul regret, celui de n’avoir pu me faire confier les monnaies massaliètes et gauloises trouvées il y a quelques années par un quidam au bord du lac de Serre Ponçon. Ces pièces devant être aujourd’hui considérées comme perdues, je n’ai pu me baser que sur les seuls relevés que j’avais en son temps pu faire avec l’autorisation du découvreur, scannérisations des plus beaux droits ou revers et mesures approximatives, éléments visibles dans mon dossier " mémoire d’une terre " ( déposé en bibliothèque du SRA de la DRAC ) . Il est vraisemblable que l’action de l’eau a érodé le sol et disséminé dans la vase d’une pointe de terrain du pont de la Grand Côte un petit trésor gaulois.

J’ai tenu à l’écart des statistiques et des récolements diverses pièces pour l’instant illisibles, me contentant d’en relever par lots le nombre et la taille en respectant les lieux de découvertes.

Beaucoup de monnaies ont du faire l’objet de nettoyage pour pouvoir les identifier. Je me suis contenté dans ce cas d’un nettoyage au scalpel et à la gomme à daim sous microscope binoculaire. Je me suis du reste arrêté dans cette action dès que l’identification était faite grâce aux détails apparus.

N’étant donc pas allé jusqu’au nettoyage complet, et la plupart des pièces étant extrêmement patinées, j’ai pour beaucoup d’entre elles employé le vocable de bronze, qu’on utilisait autrefois, alors que quasiment toutes les petites divisionnaires des 2ème siècle à la fin de l’empire étaient frappées en cuivre.


Le premier constat, vu le nombre de pièce, pourrait laisser penser que la région de Pontis était plus important que le reste de la vallée. Il faut en fait comprendre que Monsieur Venturini a surprospecté ce secteur qui ne représente qu’un tout petit bout du territoire concerné par cette étude dans son ensemble et que celui-ci est somme toute encore assez vierge. Nul doute que dans les années à venir de nouvelles découvertes compléteront les données.

Si l’on imagine le terrain comme il pouvait être avant la création du lac de Serre Ponçon, on comprend que la région de Pontis était une véritable place forte dominant la vallée et situé sur la voie reliant la Provence à Briançon.

Sur 244 pièces du secteur de Pontis 26 concernent le 3ème siècle et 206 le 4ème siècle. On relève quelques pièces prouvant au-moins des passages depuis le 3ème siècle avant J.C. jusqu’au 1er siècle. Les 206 pièces traduisent bien l’importance de l’occupation ou de l’utilisation maximale des sols de Pontis au 4ème siècle.

Pour la vallée de l’Ubaye proprement dit, l’incorporation des pièces de la collection Ollivier vient corriger les statistiques et permet d’affirmer que cette région n’était pas moins fréquentée que celle de Pontis.

Cette vallée a été en fait bien fréquentée. Elle était en outre un lieu de passage reliant l’Italie. Les pièces découvertes sur le Col de Vars et dans le vallon de l’Oronaye en sont sans doute la preuve. Cette vallée a vraisemblablement connu une économie et une activité importante. Si les monnaies semblent le raconter, la découverte récente d’ "enduit peint" traduit certainement l’implantation d’une habitation cossue…..qui n’aurait pas eu de raison valable d’exister sans une économie locale sans doute importante.

Ces constats ressortent mieux en examinant aussi les périodes des monnaies de l’Ubaye :
1 du 3ème siècle avant J. C.
14 du 2ème siècle avant J.C.
10 du 1er siècle avant J.C.
10 du 1er siècle
20 du 2ème siècle
28 du 3ème siècle
36 du 4ème siècle

Ce constat semble se confirmer si l’on tient également compte des monnaies de la collection Ollivier : on obtient ainsi
2 pour le 3ème siècle avant J.C.
16 pour le 2ème siècle avant J.C.
45 pour le 1er siècle avant J.C.
44 pour le 1er siècle
43 pour le 2ème siècle
56 pour le 3ème siècle
44 pour le 4ème siècle
La chronologie semble en effet beaucoup plus régulière et semble traduire une continuité de passage, d’occupation et de commerce.
Les différents ateliers monétaires relevés montrent également des mouvements humains sur de grandes distances puisqu’on relève des monnaies frappées à Siscia en Pannonie et Trèves à l’est, Pavie, Rome en Italie, Arles, Narbonne, Marseille, Lyon en Gaule, Londres ; Alexandrie, Aquilée, Carthage , Thessalonique, Antioche, Nicodémie outre Méditerranée.
Il m’apparaît également utile de souligner le potin brut de coulage, non terminé et non frappé trouvé à Jausiers. Il pourrait peut être prouver un jour l’existence au 2ème ou 1er siècle avant J.C. d’un atelier de fondeur.

Je souhaite également souligner les petits bronzes celtes imitant certaines monnaies massaliètes et même l’un d’eux qui semble une imitation simplifiée de trois monnaies des environs de Toulouse.

Enfin il convient de signaler qu’en l’état de cette étude 27 fausses pièces ont été décelées. La vallée de l’Ubaye n’échappait donc pas au phénomène général de l’époque. Les ateliers monétaires ne suffisant pas à produire le numéraire nécessaire on sait que de très nombreux ateliers illicites ont existé dans tout l’empire romain et que ces imitations plus ou moins grossières, bien acceptées, ont circulé avec les monnaies authentiques. La fausse monnaie n’avait pas alors la même connotation qu’aujourd’hui. Il suffit pour s’en convaincre de comprendre que sa réalisation nécessitait, outre des artisans très qualifiés, de très nombreuses personnes ( ne serait-ce que pour la fabrication du charbon de bois ) et que la recherche de l’anonymat était totalement impossible pour la fabrication de monnaie antique.

Apparemment, en matière de monnaie fausse, et avec un taux relativement faible la vallée de l’Ubaye semble se démarquer favorablement du reste de l’empire si l’on considère le tiers de monnaies fausses retrouvées dans des trésors du quatrième siècle à Toulouse.

Quelques statistiques sont tirées. Elles viennent compléter celles de l’an passé. J’espère que ce travail pourra servir à une table ronde de chercheurs numismates et qu’ensuite aboutira une étude plus fine de la circulation monétaire aux temps antiques dans notre vallée.

.............................................................................Gilles PERDREAU

 
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