Voici en avant-première
une partie de l’introduction du rapport concernant mon travail de 2002
que je viens de rendre aux archéologues.
ETUDE DE LA CIRCULATION
MONETAIRE ANTIQUE ( IIIe S. AV. J.C. / IVe S. AP. J.C.) DANS L’UBAYE A
PARTIR DES PIECES CONNUES ET DECOUVERTES DANS LES TRENTE DERNIERES ANNEES.
Par Gilles PERDREAU
Après l’étude en 2001 de la collection du Dr Ollivier (1889) qui décrivait 134 monnaies antiques trouvées dans la vallée
de l’Ubaye, c’est 366 monnaies que j’ai eu le privilège
de recenser et d’identifier, toutes provenant de la même vallée
et découvertes au cours des trente dernières années.
Je remercie de tout
cœur celles et ceux qui n’ont pas hésité à me
confier leurs trouvailles monétaires. J’avais au préalable
fixé une règle de conduite claire et largement diffusée
de n’accepter que les monnaies dont la crédibilité du découvreur
ne pouvait en aucun cas être mise en doute. J’ai par ailleurs volontiers
respecté l’anonymat que quelque uns m’ont demandé,
me portant garant de leur honnêteté.
Je remercie tout particulièrement mon ami Jean Venturini qui a découvert
et m’a confié plus de cinq cent pièces provenant de la basse
vallée de l’Ubaye.
Je n’émets
qu’un seul regret, celui de n’avoir pu me faire confier les monnaies
massaliètes et gauloises trouvées il y a quelques années
par un quidam au bord du lac de Serre Ponçon. Ces pièces devant
être aujourd’hui considérées comme perdues, je n’ai
pu me baser que sur les seuls relevés que j’avais en son temps
pu faire avec l’autorisation du découvreur, scannérisations
des plus beaux droits ou revers et mesures approximatives, éléments
visibles dans mon dossier " mémoire d’une terre " ( déposé
en bibliothèque du SRA de la DRAC ) . Il est vraisemblable que l’action
de l’eau a érodé le sol et disséminé dans
la vase d’une pointe de terrain du pont de la Grand Côte un petit
trésor gaulois.
J’ai tenu
à l’écart des statistiques et des récolements diverses
pièces pour l’instant illisibles, me contentant d’en relever
par lots le nombre et la taille en respectant les lieux de découvertes.
Beaucoup de monnaies
ont du faire l’objet de nettoyage pour pouvoir les identifier. Je me suis
contenté dans ce cas d’un nettoyage au scalpel et à la gomme
à daim sous microscope binoculaire. Je me suis du reste arrêté
dans cette action dès que l’identification était faite grâce
aux détails apparus.
N’étant
donc pas allé jusqu’au nettoyage complet, et la plupart des pièces
étant extrêmement patinées, j’ai pour beaucoup d’entre
elles employé le vocable de bronze, qu’on utilisait autrefois,
alors que quasiment toutes les petites divisionnaires des 2ème siècle
à la fin de l’empire étaient frappées en cuivre.
Le premier constat, vu le nombre de pièce, pourrait laisser penser que
la région de Pontis était plus important que le reste de la vallée.
Il faut en fait comprendre que Monsieur Venturini a surprospecté ce secteur
qui ne représente qu’un tout petit bout du territoire concerné
par cette étude dans son ensemble et que celui-ci est somme toute encore
assez vierge. Nul doute que dans les années à venir de nouvelles
découvertes compléteront les données.
Si l’on imagine
le terrain comme il pouvait être avant la création du lac de Serre
Ponçon, on comprend que la région de Pontis était une véritable
place forte dominant la vallée et situé sur la voie reliant la
Provence à Briançon.
Sur 244 pièces
du secteur de Pontis 26 concernent le 3ème siècle et 206 le 4ème
siècle. On relève quelques pièces prouvant au-moins des
passages depuis le 3ème siècle avant J.C. jusqu’au 1er siècle.
Les 206 pièces traduisent bien l’importance de l’occupation
ou de l’utilisation maximale des sols de Pontis au 4ème siècle.
Pour la vallée
de l’Ubaye proprement dit, l’incorporation des pièces de
la collection Ollivier vient corriger les statistiques et permet d’affirmer
que cette région n’était pas moins fréquentée
que celle de Pontis.
Cette vallée
a été en fait bien fréquentée. Elle était
en outre un lieu de passage reliant l’Italie. Les pièces découvertes
sur le Col de Vars et dans le vallon de l’Oronaye en sont sans doute la
preuve. Cette vallée a vraisemblablement connu une économie et
une activité importante. Si les monnaies semblent le raconter, la découverte
récente d’ "enduit peint" traduit certainement l’implantation
d’une habitation cossue…..qui n’aurait pas eu de raison valable
d’exister sans une économie locale sans doute importante.
Ces constats ressortent
mieux en examinant aussi les périodes des monnaies de l’Ubaye :
1 du 3ème siècle avant J. C.
14 du 2ème siècle avant J.C.
10 du 1er siècle avant J.C.
10 du 1er siècle
20 du 2ème siècle
28 du 3ème siècle
36 du 4ème siècle
Ce constat semble
se confirmer si l’on tient également compte des monnaies de la
collection Ollivier : on obtient ainsi
2 pour le 3ème siècle avant J.C.
16 pour le 2ème siècle avant J.C.
45 pour le 1er siècle avant J.C.
44 pour le 1er siècle
43 pour le 2ème siècle
56 pour le 3ème siècle
44 pour le 4ème siècle
La chronologie semble en effet beaucoup plus régulière et semble
traduire une continuité de passage, d’occupation et de commerce.
Les différents ateliers monétaires relevés montrent également
des mouvements humains sur de grandes distances puisqu’on relève
des monnaies frappées à Siscia en Pannonie et Trèves à
l’est, Pavie, Rome en Italie, Arles, Narbonne, Marseille, Lyon en Gaule,
Londres ; Alexandrie, Aquilée, Carthage , Thessalonique, Antioche, Nicodémie
outre Méditerranée.
Il m’apparaît également utile de souligner le potin brut
de coulage, non terminé et non frappé trouvé à Jausiers.
Il pourrait peut être prouver un jour l’existence au 2ème
ou 1er siècle avant J.C. d’un atelier de fondeur.
Je souhaite également
souligner les petits bronzes celtes imitant certaines monnaies massaliètes
et même l’un d’eux qui semble une imitation simplifiée
de trois monnaies des environs de Toulouse.
Enfin il convient
de signaler qu’en l’état de cette étude 27 fausses
pièces ont été décelées. La vallée
de l’Ubaye n’échappait donc pas au phénomène
général de l’époque. Les ateliers monétaires
ne suffisant pas à produire le numéraire nécessaire on
sait que de très nombreux ateliers illicites ont existé dans tout
l’empire romain et que ces imitations plus ou moins grossières,
bien acceptées, ont circulé avec les monnaies authentiques. La
fausse monnaie n’avait pas alors la même connotation qu’aujourd’hui.
Il suffit pour s’en convaincre de comprendre que sa réalisation
nécessitait, outre des artisans très qualifiés, de très
nombreuses personnes ( ne serait-ce que pour la fabrication du charbon de bois
) et que la recherche de l’anonymat était totalement impossible
pour la fabrication de monnaie antique.
Apparemment, en
matière de monnaie fausse, et avec un taux relativement faible la vallée
de l’Ubaye semble se démarquer favorablement du reste de l’empire
si l’on considère le tiers de monnaies fausses retrouvées
dans des trésors du quatrième siècle à Toulouse.
Quelques statistiques
sont tirées. Elles viennent compléter celles de l’an passé.
J’espère que ce travail pourra servir à une table ronde
de chercheurs numismates et qu’ensuite aboutira une étude plus
fine de la circulation monétaire aux temps antiques dans notre vallée.
.............................................................................Gilles
PERDREAU