Articles extraits du bulletin "Le Denier" d’octobre 2002
Par Dominique GARCIA & Gilles PERDREAU PCR UBAYE : où en sommes nous ?

Débuté en octobre 2001, le programme collectif de recherche archéologique va terminer bientôt sa deuxième année. Il nous a semblé important de faire pour nos lecteurs un peu le point.

On connaît aujourd’hui de mieux en mieux l’occupation humaine en Gaule méridionale mais force est de constater que si les archéologues se sont très longtemps investis sur les zones mieux connues du littoral, les vallées alpines ont été en fait peu étudiées au cours de ces trente dernières années. La vallée de l’Ubaye présente donc l’intérêt majeur d’un territoire relativement vierge. Cette action menée par le CNRS et l’Université de Provence et voulue par le Service Archéologique de la Direction Régionale des Affaires Culturelles est donc une grande chance pour l’ubaye. Elle vise à redécouvrir l’occupation humaine depuis la préhistoire et la protohistoire jusqu’à l’aube des temps modernes c’est à dire jusqu’au début du Moyen-Âge.
Le but à terme tendra à mieux connaître l’organisation sociale et la démographie au travers de l’étude de la territorialité. Des chercheurs se penchent sur ce sujet qui nécessitera plusieurs années d’étude et de travail.

Cette dynamique a pu voir le jour grâce aux efforts de divers intervenants, et à l’écoute attentive des scientifiques et des décisionnaires qui ont compris toute l’importance et l’urgence de ces recherches.
La découverte et la fouille en 2000 de la tombe de la Bréole ont été déterminantes. Il s’agissait d’un tumulus du Hallstatt final ou du début de la Têne, soit vers le sixième ou le cinquième siècle avant Jésus-Christ. Il contenait les restes d’une femme âgée et très richement parée : près d’une cinquantaine d’armilles ( bracelets en bronze) et un grand bracelet large en tôle de bronze à l’avant bras gauche, neuf armilles à l’avant bras droit, un grand bracelet identique à chaque cheville, une épingle en fer le long du tibia, une épingle en fer avec tôle de bronze au sternum, et un collier de perles d’ambre ( de la Baltique ) qui confirme les très longs circuits suivis dans les échanges économiques dès cette époque.
On a trouvé sur place également les restes d’un deuxième coffre en pierres. Le seul os relevé n’a pu par contre y être déterminant. L’ensemble était accompagné de trois fours à pierres chauffées.


Cette découverte a été capitale car c’est la première fois qu’un tumulus était fouillé scientifiquement, les seuls connus remontants principalement aux descriptions de Chappuis et Ollivier au dix neuvième siècle. On comprendra je pense toute l’émotion que nous avons ressentie pendant ces quinze jours de fouille, Jean Venturini ( découvreur du site) et moi-même.

Un très important et remarquable travail de collationnement des sites et des informations a été réalisé ensuite par Delphine Isoardi qui en a du reste fait son mémoire de maîtrise réussie avec brio.

J’ai pour ma part réalisé deux travaux sur la numismatique. L’an passé, j’avais recomposé et fait une étude critique de la collection de 134 monnaies antiques du Dr. Ollivier à partir de sa description dans son étude historique « Une voie gallo-romaine dans la vallée de l’Ubaye », publiée en 1889.
J’ai cette année identifié et daté 366 monnaies massaliotes, gauloises et romaines trouvées au cours des trente dernières années. Ces deux études me permettent d’entrevoir que notre vallée a été bien fréquentée entre le troisième siècle avant Jésus-Christ et le quatrième siècle après. On a souvent dit que ce n’était qu’un lieu de transit avec l’Italie. Je pense que mes deux études confirment au contraire qu’il y régnait une activité certaine, des échanges, bref une vie effective et sédentaire.

En ce qui concerne les archéologues, passé les premières approches documentaires, il leur faut découvrir les traces effectives de notre passé.
Trois méthodes ont été jusqu’ici utilisées.
La première, très importante, consiste à prospecter de manière systématique les zones de terrain lisible. On met en fait en ligne quelques personnes et on marche lentement en observant le sol. L’œil exercé repère vite les témoins recherchés : silex taillés en altitude, aux environs de 2000 mètres d’altitude et au-dessus, céramiques non tournées ou tournées gauloises, romaines et gallo-romaines en deçà. Ces débris sont très généralement minuscules. Le nombre détermine l’importance d’un site. Les tuiles aussi ont leur importance. C’est du reste ce qui se trouve le plus souvent.
Plus on recensera de sites, plus les données seront fiables pour les études en cours sur nos grands ancêtres.

Il me paraît important de souligner que ce travail de prospection n’a d’intérêt que sur des parcelles de terrains lisibles, ce qui exclut d’office les zones d’herbages trop denses ou hautes et toutes les cultures en cours.
Ce travail ne consiste qu’en une simple observation et prélèvements de tessons qui traînent naturellement sur le sol depuis près ou plus de vingt siècles. Aucun trou, bien entendu.

Une autre méthode consiste, sur des zones bien repérées, à effectuer une prospection géomagnétique qui donnera en fait sur ordinateur la radiographie du sous-sol où apparaîtront les anomalies suivantes : alignements de pierres ( couronnes de tumulus ou substructures de murs et de constructions ) et creusements divers donc tombes et foyers.
L’intervention consiste en un arpentage précis et méthodique, en tenant à la main un appareil de mesure qui prend un relevé toutes les secondes et nécessite pour l’intervenant de caler ses pas réguliers sur un mètre par seconde. Après transfert sur ordinateur des données et leurs interprétations aboutit une image lisible. Cette opération a été réalisée sur trois endroits par des archéologues britanniques venus de l’université de York, ce matériel n’existant malheureusement pas dans les universités françaises.

Le troisième mode opératoire consiste en des sondages ou des fouilles de sites. Il nécessite au préalable l’autorisation écrite du propriétaire, qu’il s’agisse de l’État ou d’un particulier. Aucune action ne sera jamais entreprise sans cela.
Nous venons d’avoir la chance d’examiner ainsi un tumulus précédemment repéré, d’époque gauloise. Nous en avons retiré plus de cinq cents tessons de poteries diverses locales, marseillaise et de l’est de la Gaule, de la Bourgogne au limes. Après travail de laboratoire, les vases réparés entreront au musée.

Ce ne sont que quelques informations d’ordre général mais il m’a semblé important de vous les faire remonter avant de laisser maintenant la plume à Dominique Garcia, archéologue professeur à l’Université de Provence, qui conduit ce PCR et qui a bien voulu, pour Ubaye Numismatique, nous faire un peu le point.

......................................................................Gilles PERDREAU

PCR UBAYE ---( Informations par Dominique GARCIA )

Il est encore prématuré de présenter un bilan des recherches archéologiques conduites en Ubaye. Mais déjà, certains dossiers commencent à s’enrichir et un tableau plus précis de son lointain passé se dessine.
Pour nous, l’enquête prioritaire a été de rassembler la documentation de nos prédécesseurs : il ne fallait pas négliger les découvertes et les travaux archéologiques effectuées dans le passé. En cela, l’Ubaye n’est pas une vallée orpheline. Les recherches de terrain ont été abondantes durant tout le XIXe s. et le début du XXe s., et les collections conservées dans le musée de la vallée ne reflètent que très partiellement les vestiges mis au jour lors de fouilles ou de travaux agricoles. Le seul regard porté sur ces fouilles et découvertes anciennes montre qu’à l’âge du Bronze et l’âge du Fer la vallée était densément occupée et que l’économie y était florissante. Le métal –en particulier le bronze- était utilisé pour fabriquer des outils mais surtout des éléments de parures. Culturellement, des contacts semblaient exister entre l’Ubaye et les autres vallées alpines. La période gallo-romaine est mal documentée par ces travaux passés et certains objets (en particulier des inscriptions) sont douteux : n’a-t-on pas voulu, au XIXe s., créer un passé romain de façon trop rapide ?
Les prospections de surface que nous menons montrent, tout de même, que certaines fermes occupées par des Gaulois romanisés occupaient les piémonts de l’Ubaye. La densité des ces installations n’est pas très importante mais il est certain que l’Ubaye, tant par la relative richesse de ses terroirs que par sa fonction de voie de communication, avait un rôle à jouer dans l’occupation du territoire.
Les premiers sondages archéologiques ont été pratiqués en septembre sur Jausiers. Le Ministère de la Culture et plusieurs propriétaires nous avaient donné l’autorisation de sonder trois parcelles afin de recueillir plus d’informations.
Les prospections et les sondages vont continuer en 2003 et 2004. C'est un travail collectif qui associe des universitaires, des chercheurs au CNRS, des archéologues de la région –dont certains d’Ubaye numismatique-, le musée de la Vallée, les collectivités locales…
Dès l’année prochaine, nous pensons pouvoir organiser une petite exposition pour présenter, dans le détail, le résultat de notre enquête dont le but premier de mieux faire connaître aux Ubayens l’histoire de leur terroir.

......................................................................................Dominique GARCIA
.................................................................. Professeur à l’Université de Provence (Aix-Marseille I)
...................................................................Responsable des opérations archéologiques en Ubaye.

 

 

 
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