Débuté
en octobre 2001, le programme collectif de recherche archéologique va
terminer bientôt sa deuxième année. Il nous a semblé
important de faire pour nos lecteurs un peu le point.
On connaît
aujourd’hui de mieux en mieux l’occupation humaine en Gaule méridionale
mais force est de constater que si les archéologues se sont très
longtemps investis sur les zones mieux connues du littoral, les vallées
alpines ont été en fait peu étudiées au cours de
ces trente dernières années. La vallée de l’Ubaye
présente donc l’intérêt majeur d’un territoire
relativement vierge. Cette action menée par le CNRS et l’Université
de Provence et voulue par le Service Archéologique de la Direction Régionale
des Affaires Culturelles est donc une grande chance pour l’ubaye. Elle
vise à redécouvrir l’occupation humaine depuis la préhistoire
et la protohistoire jusqu’à l’aube des temps modernes c’est
à dire jusqu’au début du Moyen-Âge.
Le but à terme tendra à mieux connaître l’organisation
sociale et la démographie au travers de l’étude de la territorialité.
Des chercheurs se penchent sur ce sujet qui nécessitera plusieurs années
d’étude et de travail.
Cette dynamique
a pu voir le jour grâce aux efforts de divers intervenants, et à
l’écoute attentive des scientifiques et des décisionnaires
qui ont compris toute l’importance et l’urgence de ces recherches.
La découverte et la fouille en 2000 de la tombe de la Bréole ont
été déterminantes. Il s’agissait d’un tumulus
du Hallstatt final ou du début de la Têne, soit vers le sixième
ou le cinquième siècle avant Jésus-Christ. Il contenait
les restes d’une femme âgée et très richement parée
: près d’une cinquantaine d’armilles ( bracelets en bronze)
et un grand bracelet large en tôle de bronze à l’avant bras
gauche, neuf armilles à l’avant bras droit, un grand bracelet identique
à chaque cheville, une épingle en fer le long du tibia, une épingle
en fer avec tôle de bronze au sternum, et un collier de perles d’ambre
( de la Baltique ) qui confirme les très longs circuits suivis dans les
échanges économiques dès cette époque.
On a trouvé sur place également les restes d’un deuxième
coffre en pierres. Le seul os relevé n’a pu par contre y être
déterminant. L’ensemble était accompagné de trois
fours à pierres chauffées.
Cette découverte a été capitale car c’est la première
fois qu’un tumulus était fouillé scientifiquement, les seuls
connus remontants principalement aux descriptions de Chappuis et Ollivier au
dix neuvième siècle. On comprendra je pense toute l’émotion
que nous avons ressentie pendant ces quinze jours de fouille, Jean Venturini
( découvreur du site) et moi-même.
Un très important
et remarquable travail de collationnement des sites et des informations a été
réalisé ensuite par Delphine Isoardi qui en a du reste fait son
mémoire de maîtrise réussie avec brio.
J’ai pour
ma part réalisé deux travaux sur la numismatique. L’an passé,
j’avais recomposé et fait une étude critique de la collection
de 134 monnaies antiques du Dr. Ollivier à partir de sa description dans
son étude historique « Une voie gallo-romaine dans la vallée
de l’Ubaye », publiée en 1889.
J’ai cette année identifié et daté 366 monnaies massaliotes,
gauloises et romaines trouvées au cours des trente dernières années.
Ces deux études me permettent d’entrevoir que notre vallée
a été bien fréquentée entre le troisième
siècle avant Jésus-Christ et le quatrième siècle
après. On a souvent dit que ce n’était qu’un lieu
de transit avec l’Italie. Je pense que mes deux études confirment
au contraire qu’il y régnait une activité certaine, des
échanges, bref une vie effective et sédentaire.
En ce qui concerne
les archéologues, passé les premières approches documentaires,
il leur faut découvrir les traces effectives de notre passé.
Trois méthodes ont été jusqu’ici utilisées.
La première, très importante, consiste à prospecter de
manière systématique les zones de terrain lisible. On met en fait
en ligne quelques personnes et on marche lentement en observant le sol. L’œil
exercé repère vite les témoins recherchés : silex
taillés en altitude, aux environs de 2000 mètres d’altitude
et au-dessus, céramiques non tournées ou tournées gauloises,
romaines et gallo-romaines en deçà. Ces débris sont très
généralement minuscules. Le nombre détermine l’importance
d’un site. Les tuiles aussi ont leur importance. C’est du reste
ce qui se trouve le plus souvent.
Plus on recensera de sites, plus les données seront fiables pour les
études en cours sur nos grands ancêtres.
Il me paraît
important de souligner que ce travail de prospection n’a d’intérêt
que sur des parcelles de terrains lisibles, ce qui exclut d’office les
zones d’herbages trop denses ou hautes et toutes les cultures en cours.
Ce travail ne consiste qu’en une simple observation et prélèvements
de tessons qui traînent naturellement sur le sol depuis près ou
plus de vingt siècles. Aucun trou, bien entendu.
Une autre méthode consiste, sur des zones bien repérées,
à effectuer une prospection géomagnétique qui donnera en
fait sur ordinateur la radiographie du sous-sol où apparaîtront
les anomalies suivantes : alignements de pierres ( couronnes de tumulus ou substructures
de murs et de constructions ) et creusements divers donc tombes et foyers.
L’intervention consiste en un arpentage précis et méthodique,
en tenant à la main un appareil de mesure qui prend un relevé
toutes les secondes et nécessite pour l’intervenant de caler ses
pas réguliers sur un mètre par seconde. Après transfert
sur ordinateur des données et leurs interprétations aboutit une
image lisible. Cette opération a été réalisée
sur trois endroits par des archéologues britanniques venus de l’université
de York, ce matériel n’existant malheureusement pas dans les universités
françaises.
Le troisième
mode opératoire consiste en des sondages ou des fouilles de sites. Il
nécessite au préalable l’autorisation écrite du propriétaire,
qu’il s’agisse de l’État ou d’un particulier.
Aucune action ne sera jamais entreprise sans cela.
Nous venons d’avoir la chance d’examiner ainsi un tumulus précédemment
repéré, d’époque gauloise. Nous en avons retiré
plus de cinq cents tessons de poteries diverses locales, marseillaise et de
l’est de la Gaule, de la Bourgogne au limes. Après travail de laboratoire,
les vases réparés entreront au musée.
Ce ne sont que quelques
informations d’ordre général mais il m’a semblé
important de vous les faire remonter avant de laisser maintenant la plume à
Dominique Garcia, archéologue professeur à l’Université
de Provence, qui conduit ce PCR et qui a bien voulu, pour Ubaye Numismatique,
nous faire un peu le point.
......................................................................Gilles
PERDREAU
PCR UBAYE ---( Informations par Dominique GARCIA )
Il est encore prématuré
de présenter un bilan des recherches archéologiques conduites
en Ubaye. Mais déjà, certains dossiers commencent à s’enrichir
et un tableau plus précis de son lointain passé se dessine.
Pour nous, l’enquête prioritaire a été de rassembler
la documentation de nos prédécesseurs : il ne fallait pas négliger
les découvertes et les travaux archéologiques effectuées
dans le passé. En cela, l’Ubaye n’est pas une vallée
orpheline. Les recherches de terrain ont été abondantes durant
tout le XIXe s. et le début du XXe s., et les collections conservées
dans le musée de la vallée ne reflètent que très
partiellement les vestiges mis au jour lors de fouilles ou de travaux agricoles.
Le seul regard porté sur ces fouilles et découvertes anciennes
montre qu’à l’âge du Bronze et l’âge du
Fer la vallée était densément occupée et que l’économie
y était florissante. Le métal –en particulier le bronze-
était utilisé pour fabriquer des outils mais surtout des éléments
de parures. Culturellement, des contacts semblaient exister entre l’Ubaye
et les autres vallées alpines. La période gallo-romaine est mal
documentée par ces travaux passés et certains objets (en particulier
des inscriptions) sont douteux : n’a-t-on pas voulu, au XIXe s., créer
un passé romain de façon trop rapide ?
Les prospections de surface que nous menons montrent, tout de même, que
certaines fermes occupées par des Gaulois romanisés occupaient
les piémonts de l’Ubaye. La densité des ces installations
n’est pas très importante mais il est certain que l’Ubaye,
tant par la relative richesse de ses terroirs que par sa fonction de voie de
communication, avait un rôle à jouer dans l’occupation du
territoire.
Les premiers sondages archéologiques ont été pratiqués
en septembre sur Jausiers. Le Ministère de la Culture et plusieurs propriétaires
nous avaient donné l’autorisation de sonder trois parcelles afin
de recueillir plus d’informations.
Les prospections et les sondages vont continuer en 2003 et 2004. C'est un travail
collectif qui associe des universitaires, des chercheurs au CNRS, des archéologues
de la région –dont certains d’Ubaye numismatique-, le musée
de la Vallée, les collectivités locales…
Dès l’année prochaine, nous pensons pouvoir organiser une
petite exposition pour présenter, dans le détail, le résultat
de notre enquête dont le but premier de mieux faire connaître aux
Ubayens l’histoire de leur terroir.
......................................................................................Dominique
GARCIA
..................................................................
Professeur à l’Université de Provence (Aix-Marseille I)
...................................................................Responsable
des opérations archéologiques en Ubaye.