........L’Histoire de la vallée de
l’Ubaye des âges des Métaux aux Temps modernes est un projet
collectif de recherche qui associe des chercheurs de l’Université
d’Aix-Marseille I, du CNRS (Centre Camille-Jullian), du Ministère
de la Culture (Service régional de l’archéologie), de l’Université
de York (Grande-Bretagne) et de la vallée de l’Ubaye (Musées
de la Vallée, Association Ubaye numismatique, Sabença de la Valeia…).
Ce projet –officiellement dans sa troisième année de fonctionnement-
vise trois finalités : faire un bilan de l’occupation humaine de
cette vallée des âges des Métaux à l’aube des
Temps modernes, compléter substantiellement la carte archéologique
de cette région, œuvrer pour mettre en place une dynamique archéologique
durable en Ubaye. En ce sens, trois axes de recherches complémentaires
sont proposés : prospections systématiques sur plusieurs communes
de la vallée en liaison avec une vérification des sites actuellement
enregistrés par le Service Régional de l’Archéologie
à la Carte Archéologique Nationale complétée par
un essai de localisation des découvertes anciennes, mise en place d’études
thématiques portant sur l’habitat, les sépultures et la
circulation en Ubaye, initier des études spécialisées (toponymie,
recherches sur le pastoralisme, analyse des monuments médiévaux
et modernes…) puisant leur documentation dans le cadre original des sociétés
protohistoriques, antiques et médiévales de la vallée de
l’Ubaye et dans leur rapport avec le milieu naturel. Le manque de données
récentes sur l’histoire ancienne de cette région est essentiellement
dû à son éloignement des grands centres de recherches institutionnels.
Notre projet vise à amoindrir ce déséquilibre et à
dynamiser de façon durable la recherche archéologique dans cette
région. En 2001, le programme a bénéficié d’une
convention établie entre la Direction Régionale des Affaires Culturelles
PACA, le Conseil Général des Alpes de Haute-Provence et la Communauté
des Communes de la vallée de l’Ubaye. En 2003, comme en 2002, le
financement de cette opération a été réalisé
en totalité par l’Etat (Sous-direction de l’Archéologie
; Ministère de la Culture).
Sur la campagne de prospection-inventaire 2003
.........Une campagne de prospection-inventaire
diachronique en moyenne et haute montagne sur la commune de Jausiers a été
réalisée du 19 au 26 juin 2003, sous la direction de Florence
Mocci. Les zones d’altitude, entre 2000 et 2600 m, ont été
privilégiées et plus particulièrement, les vallées
des Granges Communes et de Pelouse situées dans le prolongement méridional
du site et du Lac des Sagnes, à l’est et à l’ouest
de la tour des Sagnes, à l’extrémité est de la commune
de Jausiers. Cette opération s’inscrit dans la continuité
des prospections menées en septembre 2002 sur cette commune, dans les
alpages situés à l’ouest de notre zone d’étude
de juin 2003 (secteurs de Restefond, Clapouse, Prés Hauts). L’objectif
des investigations pédestres de cette année était d’appréhender
la carte du peuplement et de l’occupation du sol dans les secteurs périphériques
au site préhistorique et protohistorique des Sagnes mais aussi d’établir
un inventaire des sites d’altitude significatifs sur le plan et le mode
d’occupation (enclos, cabanes pastorales anciennes, abri sous roche, gisement
préhistorique…) et une relation avec l’occupation du secteur
du Lac des Sagnes.
........La superficie totale prospectée
correspond ainsi à 395 hectares environ dont 167 hectares dans le Parc
national du Mercantour. Vingt et un nouveaux sites ou indices de sites ont été
répertoriés, entre 2056 et 2430 m d’altitude. La majorité
des gisements sont à rattacher à la Préhistoire (Mésolithique
ancien, Néolithique ancien et moyen, Néolithique indéterminé).
........Vingt et un sites ou indices de sites ont
été inventoriés cette année entre 2056 et 2370 m
d’altitude. La répartition chronologique des sites ou indices de
sites repérés cette année entre 2056 et 2370 m est la suivante
: douze sites préhistoriques (Mésolithique ancien, Néolithique
ancien et moyen et Néolithique indéterminé) et neuf d’époque
indéterminée. Seuls un site semble connaître deux phases
d’occupation. Les gisements d’époque indéterminée
situés entre 2065 et 2430 m correspondent à un abri sous roche
et à de très petites structures pastorales d’altitude, de
forme circulaire ou ovoïde (2 à 3 m de diamètre en moyenne),
souvent arasées et construites en blocs de pierre non taillés
et sans liant. Ces structures pastorales dont l’enfouissement, la superficie
et la forme (circulaire ou ovoïde) semblent attester une occupation relativement
ancienne (contemporaine ou antérieure à l’époque
médiévale). Le mobilier archéologique recueilli correspond
à des objets lithiques (silex) et des fragments de céramiques.
Sur la fouille programmée du tertre des Sagnes à Jausiers
| Le coffre de pierres contenait
des cendres et des os |
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........Le site des Sagnes a
été découvert lors d’une campagne de prospections
pédestres de surface menées en juin 2002. Le site a été
immédiatement signalé au SRA PACA et une autorisation de sondages
sollicitée auprès du Conservateur Régional de l’Archéologie
et de la DDE afin d’évaluer les potentialités archéologiques
de ce site, partiellement endommagé il y quelques années lors
de l’aménagement d’une station de pompage (aire de circulation,
chemin, terre-plein). En surface, la présence de quelques tessons en
céramique non tournée, de silex et de terre cendreuse laissait
présager l’existence d’un site du Néolithique et/ou
des âges des Métaux. La réalisation de sondages sur certains
sites repérés en surface est l’un des objectifs clairement
exposés dans le projet de PCR « Ubaye ». En effet, dans cette
région, il existe un très important déficit d’information,
tant pour les structures funéraires ou d’habitats que pour la culture
matérielle : aucune série de mobiliers mis au jour en contexte
n’a été publiée à ce jour. Les récentes
prospections systématiques permettent d’inventorier de nombreux
sites, mais leur nature et leur fonction restent inconnues. La datation des
sites repérés est rendue difficile par la méconnaissance
des principaux fossiles directeurs. Aussi, il avait été décidé
de compléter les données de surface par des sondages afin de valider
les données des prospections et, petit à petit, de créer
un référentiel documentaire. Enfin, l’implantation du site
des Sagnes, situé à près de 2000 m d’altitude dans
un contexte paysager remarquable (la bordure d’une tourbière) et
à proximité de la voie de passage la plus directe vers les Alpes-Maritimes
laissait entrevoir une fonction originale.
........Le mobilier recueilli en surface et les
traces de terre cendreuse s’étalaient, avant la fouille, sur une
surface d’environ 150 m2, en bordure du lac des Sagnes (ancienne tourbière
transformée en retenue d’eau en 1975), au débouché
d’un torrent (ravin du Caïre). Au Nord, en amont, le site paraissait
protégé par le cône de déjection du torrent, alors
qu’en aval, vers le Sud, une partie des niveaux archéologiques
étaient érodés voire détruits, suite à l’aménagement
d’une station de pompage. Afin de ne pas compromettre une éventuelle
fouille en extension, notre intervention s’est limitée à
la mise en place de 5 sondages d’évaluation et un sondage géomorphologique
permettant de reconnaître l’étendue du site, son état
de conservation et sa stratigraphie générale.
Vase en place |
Fragments de céramiques |
Essai d'assemblage |
Réparation en cours |
Le tertre des Sagnes a été
implanté sur un cône de déjection du torrent du Caïre,
dans le courant du deuxième âge du Fer (vers 200 avant J.-C. +/-
50 ans), à une trentaine de mètre du cours du torrent des Sagnes,
à proximité d’une tourbière. Il est placé
en bordure d’un axe de circulation privilégié qui de la
vallée de la Durance, via l’Ubaye et le vallon dit des «
Granges communes » permettait de passer le col de Restefond et atteindre
la région de Saint-Etienne-de-Tinée et les Alpes-Maritimes. Le
tertre occupe une aire sub-circulaire d’un diamètre de 14 m. Malgré
la présence d’un coffre circulaire en pierres et en l’absence
d’ossement humain une fonction funéraire ne peut être proposée
; il s’agit probalmenet d’une structure cultuelle. Le coffre était
surmonté de plusieurs remblais dont la hauteur maximale atteinte est
d'environ 1,4 m. Le remblai le plus profond est constitué d’une
couche de blocs (plaquettes et galets) dont certains étaient rubéfiés.
Il était surmonté de plusieurs niveaux de terre limono-argileuse
comprenant un abondant mobilier : de nombreux tessons et quelques ossements
mêlés à des cendres et du charbon de bois. Les tessons appartiennent
essentiellement à des vases en céramique non tournée d’un
faciès original, proche d’ensembles connus en Gaule celtique. Ces
vases étaient accompagnés de quelques tessons de vases tournés
: céramique grise celtique, céramique italique et céramique
en pâte claire massaliète. Les restes osseux d’animaux sont
exclusivement représentés par des os de moutons et de bœufs
de petits gabarits qui portent des traces de découpe nettes. Ces témoins
pourraient résulter d’un dépôt votif (reste d’un
repas funéraire ?, pratique cultuelle ?). Ces niveaux étaient
surmontés d’une épaisse couche de terre argileuse, probablement
la couverture de surface du tertre.
L’étude de ces découvertes est en cours (année 2004).
Elles feront –en collaboration étroite avec les responsables des
Musée de la Vallée- l’objet d’une présentation
au public.
........La fin de la fouille réalisée
a laissé apparaitre une surprise somme toute logique au regard des découvertes
néolithiques proches. Si l'implantation du tumulus des Sagnes s'est bien
réalisée vers environ 200 avant J.C. elle s'est faite par contre
sur un tertre déja utilisé vers 4000 ans avant J.C. Le sol natif
avait alors été arasé et nous y avons découvert
un trou de poteau ou un foyer, divers silex taillés et en cours de taille,
ainsi que des nuclei.
........Sandrine Boularot (Université
de Provence) qui participe aux différentes opérations de terrain
du PCR a dirigé en collaboration avec Delphine Isoardi et Gilles Perdreau
la fouille d’une série de sondages sur le site des Charniers à
Jausiers. Dans les rares parties explorables du gisement les vestiges antiques
n’ont pu être observés de façon pertinente. Mais le
site mérite protection et intérêt.
Sur la numismatique et le mobilier métallique de la vallée de
l’Ubaye
........Gilles Perdreau, Président de l’association
Ubaye Numismatique est depuis le début de notre projet l’un des
interlocuteurs locaux les plus attentifs. Les découvertes, antérieures
à 2001, d’objets métalliques ont fait l’objet d’une
autorisation du SRA et d’un rapport remis en 2000. Dans le cadre du PCR,
il entreprend aujourd’hui une étude précise de ce mobilier.
Il s’agit là d’une première approche pour laquelle
il produira un documents de synthèse en 2004.
........Cette deuxième
année de recherches, dans le cadre du programme triennal 2002-2004, démontre
notre engagement à développer une approche archéologique
globale dans une région pour l’instant très mal connue.
Il nous a semblé essentiel de rassembler les « forces vives »
en présence et de ne pas limiter les champs de recherche : pour les différents
participants, cette démarche paraît être la seule qui permette
d’initier une recherche durable s’appuyant sur des actions concrètes,
en privilégiant également la formation et l’information
(stages de terrain pour les étudiants, intervention des scolaires, conférences
publiques...).
Perspectives pour 2004
........En 2004 nous souhaitons continuer nos enquêtes
de terrain : une campagne de prospection-inventaire dans les zones d’altitude;
sondages sur des sites protohistoriques ou gallo-romain (en particulier les
site des Clots à Saint-Pons qui devrait faire l’objet d’un
diagnostic –sous forme de sondages- sous la direction de Kevin Walsh,
université de York), voire médiévaux, des recherches sur
l’occupation diachronique de la haute-montagne, un inventaire et une analyse
des collections publiques ou privées conservées en Ubaye.
Dominique Garcia (Professeur d’archéologie à
l’Université de Provence) et
Florence Mocci (Ingénieur au CNRS, Centre Camille-Jullian)
Photos Gilles Perdreau