..........En 1388, les habitants
de Barcelonnette et du comté de Nice, jusque là rattachés
au comté de¨Provence, se donnent au comte de Savoie, Amédée
VII. Cette donation est reconnue par Louis II d'Anjou, puis confirmée
par sa veuve en 1419.
..........À la mort d'Henri III, Charles-Emmanuel
de Savoie s'affirme prétendant au trône de France et reçoit
l'appui des ligueurs du Dauphiné. Toutefois, le gouverneur de cette province,
d'Ornano, reste fidèle à Henri IV et s'allie aux protestants commandés
par Lesdiguières. Ce dernier s'empare de Briançon le 6 août
1590, puis de Barcelonnette le 15 août. Mais Barcelonnette est âprement
disputée et elle change plusieurs fois de maître. Le 21 octobre
1591, Lesdiguières s'en empare pour la troisième fois : c'est
la bonne!
.........Pendant ce temps, l'inflation sévit
en Dauphiné : les pinatelles frappées par les royalistes à
Grenoble sont encore plus faibles que celles des ligueurs de Montpellier : respectivement
80 et 72 au marc, alors qu'en 1577 la taille de ces espèces était
de 52 au marc. Le 22 août 1592, la taille des pinatelles de Grenoble est
portée à 82 au marc, avec abaissement du titre. Les prix augmentent
au fur et à mesure que la monnaie s'affaiblit et il est donc nécéssaire
d'y mettre bon ordre. Le 21 janvier 1593, le Parlement de Grenoble ordonne de
cesser la frappe des pinatelles, qui sont démonétisées
(" décriées ") le 11 mars et l'on reprend la frappe
des douzains. .........Sur ce, les négociations engagées
entre Lesdiguières et Charles -Emmanuel (qui proposait de rendre les
villes qu'il occupait en Dauphiné et en Provence en échange de
Barcelonnette et des villes conquises oar Lesdiguières au-delà
des Alpes) n'aboutissent pas et la guerre recommence au printemps. Pour financer
certte nouvelle campagne, Lesdiguières décide d'ouvrir un atelier
monétaire à Barcelonnette : il en était le seul maître,
n'ayant de comptes à rendre ni au Parlement de Grenoble ni au gouverneur
d'Ornano avec qui il était en froid. ........Le 13 avril 1593, il passe un bail avec
Estienne Rey d' Avignon (ou de Cavaillon, selon d'autres textes) pour 15.000
écus payables en trois termes. Ce bail, dont nous n'avons conservé
que le début, était consenti pour quatorze mois à compter
du premier mai. Il fut confirmé par lettres pattentes d' Henri IV le
23 octobre 1593, mais ces lettres ne furent pas entérinées par
la Cour des monnaies. Curieusement, des pinatelles de " Barcelonne "
sont mentionnées (L.1078 ?) dans le tarif annexé à l'arrêt
du 11 mars 1593, soit avant la signature du bail avec Rey : Lesdiguières
aurait-il laissé frapper Estienne Rey avant la signature du bail ? Y
a-t-il eu un premier bail perdu ? Seule la découverte de nouveaux documents
ou de pinatelles attribuables à Barcelonnette permettra de résoudre
cette énigme. .......En tout cas, la frappe des pinatelles cesse
partout dans le midi en 1593 : le 18 août pour les ateliers royalistes
de Sisteron et Toulon; le 12 octobre pour les ateliers ligueurs d'Aix en Provence
et de Marseille. Le docteur Bailhache proposait d'attribuer à Barcelonnette
un douzain au nom d'Henri IV portant comme marque un R à l'avers et un
soleil + une marque qu'il n'avait pu identifier au revers (au type de la croix
cantonnée de quatre couronnes). Cette attribution a été
confirmée en 1939 par la découverte d'autres exemplaires, la marque
non identifiée par Bailhache étant une clef.
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.......Au début de 1594, l'atelier est transféré
à vingt et un kilomètres en aval de l'Ubaye, au Lauzet. Mais,
dès le mois de mars, Rey quitte son poste et s'enfuit sans verser l'argent
qu'il devait à Lesdiguières et à ses fournisseurs de billon;
il se réfugie en Avignon. Lesdiguières lui donne pour successeur
Jacques Pélissier (différent P) qui ne fabrique que des douzains.
Le chiffre des mises en boîtes est de 51 sols 3 deniers, soit 615 pièces
représentant une fabrication de 615 x 720 = 442.800 douzains. Le différent
du Lauzet est le même que celui de Barcelonnette (une clef). Mais J.Duplessy,
en comparant les exemplaires du trésor de Saint-Martin-de-Beauville et
ceux de Bouconville-Vauclerc a montré que la clef passe à l'avers
au Lauzet (les marques de graveur et de maître restant au revers, mais
de part et d'autre de la date, alors qu'à Barcelonnette la date, le
soleil et la clef sont associés dans cet ordre au revers.) J'ajouterai
qu'à Barcelonnette la clef, horizontale (jamais verticale comme on l'a
parfois supposé) est généralement tournée à
gauche: mais je possède un exemplaire où elle est tournée
à droite. .......Le premier septembre 1594, le général
Nicolas de Coquerel, chargé de remettre de l'ordre dans les ateliers
du midi, arrive à Grenoble. Deux jours après, le 3, il obtient
de Lesdiguières la fermeture de la monnaie du Lauzet. Celle-ci est accomplie
quelques jours plus tard par le garde Guérin et le 14 octobre Lesdiguières
demande à Coquerel de procéder avec Guérin, devenu entretemps
garde de la monnaie de Grenoble, à l'examen des boîtes de J.Pélissier,
enfermé à Montbrun pour n'avoir pas payé ses dettes au
roi et à ses fournisseurs. .......On notera que Lesdiguières n'obtiendra
la légalisation de son émission monétaire que par les lettres
pattentes du 22 juillet 1596 enregistrées le 8 août par la Cour
des monnaies. Lesdiguières fit piller le Comtat Venaissain où
s'était réfugié Estienne Rey. Le légat pontifical
dut lever un impôt pour payer les 14.051 écus réclamés
par Lesdiguières. Il fit saisir les bien de Rey et de ses complices.
Mais Rey s'échappa. Il ne fut arrêté qu'en mars 1599, à
Lambesc, mais s'évada et fut gracié quelques mois plus tard.
......Officiellement cédée à
la France par Charles-Emmanuel au traité de Bourgoin (23-10-1595),
Barcelonnette lui fut rendue au traité de Lyon (17-01-1601 ). La France
l'occupa en 1630, mais la rendit à Victor-Amédée Ier au
traité de Cherasco (30-5-1631). Barcelonnette fut définitivement
réunie à la France au traité d'Utrecht le 11 avril 1713
en échange des vallées dauphinoises situées sur le versant
italien. Le 30 décembre 1714, Barcelonnette est rattachée à
la Provence par déclaration royale. Pour donner une idée de la rareté
relative des douzains frappés à Barcelonnette et au Lauzet , je
donne le nombre d'exemplaires trouvés dans trois trésors monétaires.
Dans le trésor de Fécamp, découvert en janvier 1970, on
a dénombré 192 douzains royaux d'Henri IV, majoritairement de
l'ouest (51 de Saint-Lô), dont 11 de Lyon, 17 de Montpellier et 2 de
Barcelonnette 1593 (L.1080=D. 1246, quatre couronnes dans les cantons de la
croix du revers) et un de Barcelonnette ou du Lauzet. Dans le trésor
de Saint-Martin-de-Beauville,
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...... découvert en novembre 1970 (412 monnaies
d'argent et de billon dans un pot de terre cuite muré) et publié
par J.Duplessy en 1978, sur 144 douzains d' Henri IV, dont 59 de Montpellier
(L. 1081), 17 d'Aix en Provence (16L. 1081 et un L. 1080), 14 de Villeneuve,
13 de Lyon et 5 attribués à Sisteron (3 pour 1593 et 2 pour 1594),
on relève 7 douzains de Barcelonnette 1593 au type L. 1080=D.1246 précédemmenr
décrit
(n. 196-202) pour un seul (n.327) au même millésime et au type
L.1084 = D. 1249, type spécifié à Barcelonnette (la croix
du revers est cantonnée de quatre lys) et 3 du Lauzet 1594 (n.203205;
L.1080 = D.1246) Le même trésor contenait 7 douzains de Charles
X frappés à Marseille.
......Enfin, dans le trésor d'Elven (1349
monnaies découvertes lors du défrichement d'un bois en juin 1975)
le lot 702 de la vente comprenait 20 douzains de Barcelonnette (12 au type
L. 1080 = D.1246; 8 au type L.1084 = D.1249) et 2 de Barcelonnette ou du Lauzet
(L.1080); le lot 713, quatre douzains du Lauzet (L. 1080). Pour comparaison,
le lot 699 comptait 50 douzains d'Aix-en-Provence (11 au nom d'Henri III, un
au nom de Charles X et 33 au nom d'Henri IV); il y avait 123 douzains de Grenoble
(dont 117 au nom d'henri III), 109 de Montpellier au nom d' henri IV, 25 de
Marseille
(24 au nom de Charles X), 11 attribués à Sisteron (L.1042 au
nom d'Henri III, 1593 sans aucune marque.)
......La confrontation de ces trois trésors
permet d'établir que les douzains de Barcelonnette et du Lauzet ne sont
pas très courants. Les plus rares sont ceux de Barcelonnette 1594, si
Rey en a frappé à ce millésime (je n'en ai jamais vu),
puis ceux du Lauzet. Pour 1593, le type Lafaurie 1804 est plus rare que le 1080.
Je possède pour ma part depuis plus de vingt ans trois exemplaires de
Barcelonnette 1593, L.1080 (deux avec la clef à g. un avec le clef à
dr.) et un du Lauzet, ébréché et très usé,
mais où l'on distingue clairement au revers la succession soleil (irrégulier) 1594 P.
Jean-Louis
CHARLET
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